Une courte introduction à la Permaculture

En rentrant d’Inde, au lieu de passer des heures à baratiner mes ami-e-s et ma famille sur les questions d’agriculture, j’ai préféré m’exiler deux semaines dans la forêt de Brocéliande, à Concoret plus exactement, afin de suivre un CCP.

Un CCP, ce n’est ni un Centre de Création de Poèmes, ni un Concours de Chants Païens : c’est un Cours Certifié de Permaculture. Ou Permaculture Design Course (PDC), pour les bilingues.

J’ai donc passé 14 jours à l’éco-centre Par Nature avec une vingtaine de permaculteurs en herbe, des formateurs passionnants et Vanina, cuisinière végétarienne hors pair ! Alternant cours théoriques sous le dôme, ateliers pratiques dans l’éco-centre, repas délicieux sous le barnum et nuits pluvieuses à l’abri sous la tente, j’ai été initiée à la création de design (ou desiiiiign, pour les intimes).

Mais commençons par le commencement. La permaculture, c’est quoi ? En voilà une bonne question… C’est d’abord un concept inventé dans les années 1970 par deux Australiens, Bill Mollison et David Holmgren. Aujourd’hui, on trouve beaucoup de définitions de la permaculture. En voici une, parmi d’autres, que nous a donnée Judith Lashbrook pendant le cours :

La permaculture est une méthode de conception (design) de systèmes durables, écologiques et intégrés. Cette méthode cherche à reproduire la diversité, la stabilité et la résilience observée dans les écosystèmes naturels tout en satisfaisant aux besoins des êtres humains.

Alors que l’agriculture conventionnelle a cherché à s’émanciper de la nature, devant pour cela injecter des quantités d’intrants phénoménales pour remplacer les services écosystémiques (engrais, pesticides, mais aussi pétrole pour alimenter les tracteurs, etc.), la permaculture suit la voie inverse. Comme le biomimétisme, elle cherche donc à s’inspirer de la nature pour créer des systèmes humains qui soient :

  • efficients* : économes en énergie (et en travail)
  • harmonieux : respectueux de tous les êtres vivants
  • durables : préservant les ressources pour les générations futures (comme disait St Exupéry : « nous n’héritons pas de la Terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants »)
Ethiques permaculture
Les principes éthiques de la permaculture avec Judith Lashbrook

Pour cela, la permaculture repose sur trois principes éthiques :

  • Prendre soin de la Terre
  • Prendre soin des Êtres humains
  • L’autorégulation, ou le partage équitable des ressources (Vers la sobriété heureuse ?)

Principes permaculture

La permaculture est une vision holistique, une vision du tout, et c’est ainsi que chaque élément d’un système permaculturel doit remplir plusieurs fonctions, et chaque fonction doit être remplie par plusieurs éléments, de manière à générer un maximum d’interactions positives. Comme dans les écosystèmes naturels, en permaculture tout est relié, et tout est inclus : le système ne produit pas de déchets car le déchet d’un élément peut servir à en alimenter un autre. Un exemple tout bête est celui du compost, les déchets de cuisine servant à nourrir le sol… la boucle est bouclée !

C’est bien pour cela que la permaculture se veut être une méthode de conception : la phase de design sert à optimiser le positionnement de chaque élément dans le système afin d’en tirer tous les bénéfices. Le design est ainsi pensé selon l’outil du zonage : les éléments les plus utilisés et nécessitant le plus de soins seront placés près de la maison, afin d’optimiser les déplacements et d’assurer l’efficacité énergétique du système. La permaculture définit donc cinq zones, allant de la plus intensive (zone 1) à la plus sauvage (zone 5). Ainsi, on placera le jardin d’herbes aromatiques et le potager en zone 1, au plus près de la maison, tandis que le poulailler et le verger seront en zone 2, les cultures de grand champ en zone 3 et la forêt de bois d’œuvre en zone 4. La zone 5 est celle qui reste sauvage, afin de laisser leur place (et leur tranquillité) aux écosystèmes naturels. Pour concevoir un système efficient, le design doit aussi prendre en compte les éléments naturels, pour utiliser au mieux l’énergie du soleil, de l’eau, etc.

On peut déduire ici un atout majeur de la permaculture : sa méthode de conception prend en compte l’originalité des territoires et des situations. On ne peut pas répliquer le design d’un projet à l’infini, car il est particulier à ce projet et aux besoins et aspirations de ceux qui le portent, sollicitant donc des capacités d’observation et d’adaptation.

Bon, tout ce que je vous ai dit de la permaculture pour l’instant semble en faire une méthode agricole, ou en tout cas une méthode d’organisation de son jardin. Pourtant, désignant initialement « agriculture permanente », l’application de la permaculture à d’autres domaines a élargi le concept à la notion de « culture permanente ». Car la permaculture peut être mise en œuvre en agriculture, mais aussi dans l’organisation d’une entreprise, dans la vie d’une famille, en éducation, etc. Le Cours Certifié de Permaculture aborde ainsi les thèmes de la bio-construction, de la communication consciente (et non-violente), des villes en transition, des économies alternatives, des énergies renouvelables… Tant d’éléments qui participent d’un modèle de société solidaire et redonnant du pouvoir au local !

fleur_permaculture
Fleur de permaculture

Vous l’aurez compris, la permaculture est un concept bien large, chacun de ses domaines mériterait qu’on l’on y consacre des années. J’espère pouvoir, dans mes prochains articles, explorez avec vous quelques-uns de ses thèmes, et partagez avec vous des références pour aller plus loin… A commencer par l’exemple de la ferme du Bec Hellouin, qui décrit ainsi la permaculture :

« Nous sommes persuadés que la permaculture est l’avancée contemporaine la plus pertinente pour réconcilier l’Homme et la Terre. C’est une science, une philosophie, un art de vivre encore très jeune (même si ses principes sont pratiqués depuis la nuit des temps, partout dans le monde, sans qu’ils aient été décrits sous cette forme), riche d’un extraordinaire potentiel. »

Source : la Ferme du Bec Hellouin

En bonus, quelques photos du CCP !

Quelques liens utiles pour commencer :

 

*efficient, c’est encore mieux qu’efficace. Être efficace, c’est atteindre son but. Mais être efficient, c’est atteindre son but avec le minimum de moyens. Exemple : si vous voulez tuer une mouche avec un bazooka, votre méthode sera sûrement efficace. Si vous utilisez une tapette à mouche et que vous visez bien, votre méthode devient efficiente. PS : je ne suis pas en faveur de la maltraitance des êtres vivants 😉

Ah oui au fait, j’use et abuse des liens dans mes articles (les mots écrits en vert). Mais ils sont normalement tous éduqués de façon à s’ouvrir dans une nouvelle fenêtre/onglet, donc n’hésitez pas à cliquer pour explorer d’autres horizons !

Si vous avez des remarques, des questions, des objections, ou des corrections, n’hésitez pas à les partager !

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9 réflexions sur “Une courte introduction à la Permaculture

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